Archives janvier 2019

Cartographie libre pour aider la ville de Ngaoundéré à s’adapter aux changements climatiques

Auteurs : Michel Tchotsoua ; Simon Pierre Petnga Nyamen ; Prosper Innocent Ndjeuto Tchouli ; Arabo Mohamadou ; Issouhou Mouhaman ; Ahmad Barngawi Mohammad ; Gabriel Amougou Amougou et Grace Doherty.

La ville de Ngaoundéré fait face à des défis récurrents liés aux risques de catastrophes naturelles, qui augmentent au fur et à mesure que sa croissance urbaine rapide et non planifiée se poursuit. Entre 2005 et 2015, la population de la ville est passée de 180 763 à près de 270 000 habitants, et son emprise urbaine a presque doublé, passant de 3 648 ha à un peu plus de 6 381 ha.

Son urbanisation a eu lieu, en grande partie de façon spontanée, entraînant une occupation croissante de nombreuses zones humides exposées aux inondations chaque année, du mois de mai à septembre, et des versants des montagnes aux risques d’éboulement de blocs rocheux sans aménagements préalables. Compte tenu de sa localisation en milieu soudano-sahélien, la ville de Ngaoundéré est aussi exposée aux effets extrêmes de changements climatiques.

maisons exposees Maisons exposées aux risques géomorphologiques à Socaret @ ACAGER, Tchotsoua, Octobre 2018

Alors qu’un Plan Directeur d’Urbanisme (PDU) et des plans d’aménagement du territoire ont été approuvés en 2016 pour orienter son urbanisation future, le conseil municipal de Ngaoundéré manque d’outils de base pour guider efficacement l’utilisation des sols et entretenir les différentes infrastructures de base existantes. La Communauté Urbaine de Ngaoundéré (CUN), ne disposant pas encore d’un Système d’Information Géographique (SIG) opérationnel de la ville, est limitée à l’utilisation des cartes physiques qui sont obsolètes pour la plupart.

Ainsi, le défi est de lui faciliter l’accès aux informations géoréférencées actualisées, en particulier sur les infrastructures de base (équipements urbains, routes, drainage, occupation des sols, etc.), sous forme de cartes physiques et numériques, pour contribuer à une meilleure prise de décision par l’analyse de ces données d’une part, et aider à une planification et une gestion urbaines interactives, d’autre part.

Afin de relever ces défis, la Communauté Urbaine de Ngaoundéré, en partenariat avec la Banque Mondiale, le Mécanisme Mondial pour la Prévention et la Réhabilitation après Catastrophes (GFDRR), le Ministère de l’Habitat et du Développement Urbain (MINHDU) par le Projet de Développement des Villes Inclusives et Résilientes (PDVIR), le Laboratoire de Géomatique de l’Université de Ngaoundéré, les organisations de la société civile et les populations vivants dans les zones à risque, ont mutualisé leurs efforts à travers le Projet Open Cities Africa – Ngaoundéré, pour recueillir systématiquement les données sur l’exposition et la vulnérabilité des habitants de Ngaoundéré aux risques de catastrophes naturelles. L’objectif étant de permettre aux différentes parties prenantes de mieux anticiper et de prioriser les investissements pour préparer la ville à faire face aux inondations, chutes de pierres, érosion des sols et/ou écroulements de blocs rocheux.

Organisée en trois principales étapes, la campagne de cartographie collaborative a débuté par la collecte des données de base sur la ville de Ngaoundéré. Sous la conduite des Mappeurs expérimentés de la communauté OpenStreetMap Cameroun, une dizaine de jeunes Mappeurs constituée des étudiants de l’Université de Ngaoundéré et des stagiaires de la Communauté Urbaine de Ngaoundéré ont édité plus de 20 000 objets (bâtiments, cours d’eau et rues) sous OSM en 2 mois.

Durant cette première phase, l’équipe a alterné entre la digitalisation, le contrôle de la qualité et la validation des données cartographiées sous OSM. De plus, certaines données collectées dans le cadre de ses précédentes activités par l’Association pour la Cartographie et la Gestion des Ressources (ACAGER) et celles collectées sur le terrain par les Mappeurs à l’aide de l’application QField, soient un peu plus de 3 000 objets ponctuels, ont été tous chargés sur OSM. Par ailleurs, à l’aide de l’outil Java OpenStreetMap (JOSM), les principaux types d’occupation des sols de la ville de Ngaoundéré ont été cartographiés offline puis chargés sur OSM.

La deuxième étape de la campagne de cartographie collaborative de l’espace urbain de Ngaoundéré a consisté en la caractérisation des bâtiments situés dans les zones à risques d’inondations et morphologiques. Ce travail a été réalisé à l’aide des formulaires d’enquêtes intégrées à QField. Dix tablettes Samsung Tab A6 ont été mobilisées à cet effet. Cette collecte a été menée sur le terrain par des étudiants auxquels ont été associés quelques habitants des zones à risques.

La troisième partie de l’implémentation de l’Initiative Villes Ouvertes à Ngaoundéré a consisté en la préparation et la réalisation de la couverture drone de quatre quartiers situés dans la zone inondable (Gadamabanga ; Djalingo ; Sabongari 3 et Nord CIFAN), et des Monts Ngaoundéré sur lesquels se construisent les quartiers Onaref, Socaret, Bamyanga et Béka Hosséré.

À terme, le Projet Villes Ouvertes à Ngaoundéré permettra respectivement :

  • de produire de nouvelles données à jour et en libre accès sur les risques d’inondations, de chutes de pierres, d’érosion hydrique et d’écroulement de berges,
  • d’utiliser de nouveaux outils/produits (Atlas) pour les examiner,
  • de renforcer les capacités des populations locales et,
  • de forger de nouveaux partenariats entre les différentes parties prenantes.

Pour plus d’informations sur le projet villes ouvertes à Ngaoundéré (Open Cities Ngaoundéré), suivez nos progrès sur https://opencitiesproject.org/ngaoundere.

Note de fin : Open Cities Africa est financé par le Programme de Financement de la Prévention des Risques de Catastrophes en Afrique pour les pays de la coopération ACP-EU fondé par l’Union Européenne et managé par le Mécanisme Mondial pour la Prévention et la Réhabilitation après Catastrophes.