Le volume 04 de RIGAGER regroupe 10 contributions centrées sur les démarches et les outils de la géomatique. Il faut appliquer la géomatique enseignée et pratiquée qui soit à même  d’aborder les problèmes vitaux de notre société en évitant les cloisonnements et les préjugés qui font que l’on ait tant de mal à transformer l’énorme expertise qu’offre cette science et technique dans le domaine de l’environnement, de l’aménagement du territoire et de la cartographie numérique, en force de l’aménagement du territoire et de développement.

Ainsi, plusieurs disciplines, notamment les mathématiques et l’informatique, jadis qualifiées de sciences exactes, s’intéressent, de plus en plus, aux informations localisées, aux données environnementales. De même, les géographes s’intéressent aux outils développés par ces spécialistes des sciences désormais connexes à la géographie pour les traitements et les analyses plus rapides et plus fiables des données géographiques. La masse de données qui doit être traitée pour résoudre les problèmes qui confrontent nos sociétés et leur environnement est devenue si vaste qu’elle ne peut plus être intégrée de façon adéquate par un être humain. Il faut :

  • informatiser le processus afin de pouvoir les traiter efficacement ;
  • effectuer des synthèses pour construire des modèles ;
  • simuler pour vérifier les hypothèses ;
  • comparer des scénarii pour prévoir les impacts et produire l’information nécessaire à la prise de décision.

Ce sont ces considérations qui sont à la base du rapprochement entre la géographie et les sciences mathématiques et informatiques porté par Akamba et al., Tatuebu Tagne et al., Muyaya et al., Hamdja Ngoniri et al. dans leurs articles.

Dans la pratique, l’aménagement du territoire et la gestion des ressources sont des actions opérationnelles, ordonnées, concertées des acteurs, à travers les différents territoires d’un pays, d’un continent, voire du monde pour atténuer les déséquilibres, proposer la substitution d’un nouvel ordre meilleur que l’existant, selon une vision prospective, prônant l’humanisation de la croissance.

L’objectif, développement endogène, favorisant une meilleure répartition territoriale de la population, des activités et des équipements… pour le bon fonctionnement du système socio-économique interne, afin d’harmoniser la croissance, le bien-être et l’épanouissement de la population. Ceci devant passer par le compromis politique, la paix sociale et la légitimité de l’acteur-producteur du développement territorial sur la base des données à référence spatiale.

C’est ce que nous qualifions de développement exogène, par une bonne intégration et le bon ancrage au système local, régional, continental et mondial, favorisant le développement des échanges de tout genre.

Cette nouvelle vision d’aménagement du territoire et la gestion des ressources ne peut réussir que dans un environnement démocratique, décentralisé, participatif, anticipatif, transparent et de bonne gouvernance conformément aux attentes, souhaits, exigences et/ou besoins des parties prenantes.

C’est par les bonnes politiques d’aménagement du territoire et de bons mécanismes de gestion des ressources que les pays tropicaux peuvent corriger les déséquilibres et orienter les développements spatiaux à partir d’une appréhension d’ensemble et d’un projet global et prospectif.

Les enjeux des aménagements de territoires dans un contexte de gouvernance et de développement maîtrisés traduisent la rupture qui s’opère désormais au niveau de la conception du développement et du bien-être dans les sociétés tropicales. Le déplacement des politiques de développement vers le terrain local est en train de bouleverser les systèmes décisionnels. Ces dynamiques, bien qu’elles soient de rythmes et d’ampleurs variables dans le temps et dans l’espace, produisent de nouvelles réalités qui transforment les approches et les paradigmes. C’est ce qui qui est mis en exergue dans leurs contributions par Jiagho et al., Bato et al., Ratnan et al., Mbanmey et al., Nodjignemal Goltob et al., et Kouadio.

Ces contributions font ressortir un effort tendu vers l’enrichissement et la précision des cadres conceptuel et méthodologique partant de la géographie classique à la géomatique, sans que les outils ne prennent le pas sur la réflexion scientifique. Ces articles, essentiellement appliqués, ne négligent pas la recherche fondamentale qui en constitue les socles. Ils associent les sciences de la nature et sociale aux mathématiques et à l’informatique. Il ne pouvait, d’ailleurs, en être autrement, car la dynamique des territoires est la conséquence d’un jeu de combinaisons entre les paramètres physiques et humains. De plus, l’analyse des dynamiques des territoires et des risques naturels ne peut être possible que si le chercheur est en mesure de comprendre les comportements quotidiens des acteurs.

Choisir cette voie, c’est s’astreindre à l’acquisition des connaissances sans cesse complétées par des expériences nouvelles ; c’est aussi maîtriser et adapter des méthodes et des techniques nécessitant de longs apprentissages. Mais, c’est à ce prix que RIGAGER devient utile aux collectivités locales décentralisées, aux aménageurs et aux décideurs. Par-là, plus objective, la science acquiert des possibilités d’application pour un développement maîtrisé. La majorité des données ainsi que certains outils qui manquaient aux géomaticiens africains ou africanistes sont en libre-service sur Internet. L’argument du manque de données pour ne pas faire des recherches action en vue du développement sur l’Afrique ne tient plus !

Voilà ce que livre le volume 4 de RIGAGER.

Par : Michel TCHOTSOUA
Rédacteur en Chef