Le volume 05 de RIGAGER regroupe 06 contributions centrées sur la Géomatique, les ressources naturelles et le développement du monde intertropical. Il faut que la géomatique enseignée et pratiquée soit à même d’aborder les problèmes vitaux de notre société en évitant les cloisonnements et les préjugés qui font que l’on a tant de mal à transformer l’énorme expertise qu’offre cette science et technique dans le domaine de l’environnement, de l’aménagement du territoire et de la cartographie numérique, en force de  développement du monde intertropical.

Cette partie du continent africain enregistre sa plus forte croissance économique depuis vingt ans. Cette dernière s’explique notamment par une forte demande mondiale pour les matières premières et un investissement accru dans ces secteurs. L’exploitation et le commerce des matières premières représentent la principale source de devises étrangères et de recettes fiscales pour de nombreux pays de la zone intertropicale.

La plupart des études récentes montrent que l’urbanisation, l’exploitation des ressources minières, l’agriculture, l’élevage, les mises en défens ou en réserve des faunes et de végétation tendent à dégrader l’environnement, le tissu économique, la cohésion sociale et les institutions politiques des pays tropicaux. De manière paradoxale, l’exploitation des richesses du sol et du sous-sol est donc associée à la misère des populations locales et à la mauvaise gouvernance, ainsi que l’a exposé Terry Lynn Karl dans son ouvrage The Paradox of Plenty[1].

Ces constats renvoient à des débats maintenant classiques, autour de la thèse de la malédiction des ressources naturelles et des effets d’enclave, qui se trouvent renouvelés par la mise en place de « nouvelles » régulations qui datent, pour la plupart, de la période de croissance des cours des matières premières du début des années 2000 ou de la crise de 2008.

Dans ce cinquième numéro de RIGAGER, les auteurs posent autrement la question de la malédiction, mieux, de l’exploitation des matières premières dans  le monde intertropical. Les pays qui tirent une forte rente de l’exploitation des ressources naturelles voient souvent la majorité de leur population sombrer dans la pauvreté et la précarité[2].

En ce qui concerne le risque de conflits, diverses études ont conclu que les tensions autour de la captation et la distribution de la rente augmentent l’instabilité politique et le risque de conflits armés.

Ainsi Anaba Banimb et al., à partir d’une analyse diachronique des types d’occupation du sol dans le bassin versant supérieur de Bini révèlent que l’augmentation de la population et de ses besoins en énergie et nutrition, l’urbanisation exponentielle de Ngaoundéré, le bitumage de la route Ngaoundéré-Touboro-Moundou, l’agriculture et l’élevage sont les principaux facteurs de la dégradation des ressources bioclimatiques en milieu de contact forêt-savane. Adoum Forteye et al. analysent les modes d’accès et de contrôle des ressources naturelles et leurs conséquences sur la cohabitation entre les communautés dans la Province du Lac au Tchad. Yamingue Betinimbaye et al., en s’intéressant à la ressource en eau à sahr au Tchad et à Ngaoundéré au Cameroun montrent que le volontariat de l’offre gratuite de l’eau, porté par des mécènes et des nantis, inscrit dans une logique de gestion de proximité, est un facteur important de généralisation de l’accès à l’eau. Tchinda Manfo Achille Janvier et al. soulignent qu’un flou est entretenu autour de l’orpaillage qui, longtemps ignoré ou négligé par la paysannerie du Nord Cameroun, fait depuis 2009 partie des activités clés du monde rural. Mvu Njoya Marie et al., notent que le paysage de la périphérie Nord du Parc National du Mbam et Djérem (PNMD) subit des pressions occasionnées par une démographie galopante en quête du mieux-être. Face à toutes ces crises multiformes, qui étaient du reste prévisibles, Bikie Mindang Danièle fait un état des lieux de la Forêt d’Enseignement et de Recherche de l’Ecole Nationale des Eaux et Forêts de Mbalmayo. Elle note que, depuis des années, cette forêt subit des pressions anthropiques provenant des populations riveraines. Elle sort par un plan de restauration du paysage qui prévoit des parcelles de reboisement avec des espèces végétales (bambous de chine, rotin), des essences forestières, mais aussi de l’agroforesterie dans l’optique de la vulgarisation aux échelles locales régionales nationales et intertropicales.

Voilà ce que livre le volume 5 de RIGAGER.

Par : Michel TCHOTSOUA
Rédacteur en Chef

[1] Karl T.L., 1997. The Paradox of Plenty: Oil Booms and Petro-States, Berkeley, University of California Press, 342 p.

[2] Auty R. (ed.), 2001. Resource Abundance and Economic Development, Oxford, Oxford University Press.